 Les travailleuses et travailleurs sociaux et les médias
L'article suivant est reproduit avec permission de « Dépêhes », une publication de Médecins Sans Frontières / Doctors Without Borders (MSF) Canada (www.msf.ca).
Soins de santé mentale à Aceh, en Indonésie
OFFRIR UN SOUTIEN AUX SURVIVANTS DU TSUNAMI
Michelle Chouinard, Travailleuse sociale, Meulaboh, Indonésie
Une femme tente désespérément de retenir ses trois enfants tandis que l'eau tourbillonne autour d'eux. Au bout de longues minutes d'effort, au beau milieu du chaos, elle lâche prise; l'un des enfants est emporté par le courant et on ne le retrouvera jamais. Un aveugle est balayé par la vague et se retrouve seul. Une fillette le rejoint et ils s'agrippent l'un à l'autre pendant des heures. Je ne sais pas ce qu'il est advenu de cette fillette. Ce que je sais, c'est que l'homme a appris plus tard, après sa sortie de l'hôpital, qu'il avait perdu sept de ses proches. Ce ne sont que quelques exemples des récits que j'ai entendus pendant mes six mois passés à Meulaboh, en Indonésie, dans le cadre d'une mission pour Médecins Sans Frontières (MSF), après le tsunami qui a frappé la région avec tant de violence le 26 décembre 2004.
Devant la dévastation et les malheurs vécus par la population d'Aceh, j'ai ressenti un intense sentiment de perte; celui-ci s'est transformé plus tard en perplexité et en étonnement, lorsque je me suis rendue compte que très peu d'organisations sur place offraient des services de consultation en santé mentale. Au sein même de l'infrastructure de santé locale, des lacunes notables existaient en ce domaine, tant pour les connaissances que la formation. La situation présentait un défi intéressant pour MSF: procurer une formation de base en santé mentale aux infirmiers et au personnel des centres de santé locaux alors que nombre d'entre eux devaient surmonter leurs propres sentiments de perte et d'anxiété.
La population locale avait vraiment besoin d'aide afin de mieux gérer ses émotions et ses peurs; nous avons remédié à la situation en offrant des services de thérapie individuelle et collective et en organisant des groupes de parole. « Nous avons discuté des raisons pour lesquelles les enfants quittaient l'école à toute vitesse pour rentrer à la maison lorsque le vent se levait, et pourquoi, des mois plus tard, certains couraient toujours vers les hauteurs les jours où la marée semblait plus haute que d'habitude. »
Malgré l'importance de reconstruire les maisons, de remettre les terres agricoles en état et de construire des bateaux de pêche, il semble tout aussi essentiel de restaurer la confiance des gens envers leur environnement, pour eux-mêmes et leurs enfants : pour qu'ils puissent s'endormir dans le camp où ils habitent, le soir, sans redouter qu'une nouvelle vague ne vienne, dans le calme de la nuit, dévaster leur vie une fois de plus.
Parfois, j'ai eu l'impression que notre travail n'apportait qu'une toute petite contribution, vu le nombre de personnes touchées par le tsunami, nos limites d'intervention et le peu d'organisations impliquées dans les activités de santé mentale. Je sais toutefois que nous avons pu apporter quelque chose aux gens que nous avons assistés, ne serait-ce qu'en leur permettant de raconter leur histoire à une personne impartiale et sans lien avec leur expérience terrifiante. Mon souhait est qu'à l'avenir les organisations humanitaires accordent une place beaucoup plus importante aux questions de santé mentale en temps de crise, lorsque les circonstances ont transformé à jamais la vie des gens.
Pour un rapport exhaustif des activités de MSF en Asie du Sud-Est depuis le tsunami, consultez : [www.msf.ca].
© Copyright 2006 MSF Canada
L'article suivant est reproduit avec permission de « l’Initiative pour l’amélioration de la collaboration interdisciplinaire dans les soins de santé primaires » (www.eicp-acis.ca).
Pleins feux sur la collaboration
Chez Brian Match, la collaboration avec autrui est pratiquement innée. En tant que travailleur social et en partenariat avec plusieurs professionnels dans les domaines de la santé, de l'éducation et autres, le travail social est au cœur de sa philosophie.
Voilà la raison pour laquelle Brian est la personne idéale pour le poste de Directeur de l'Équipe d'évaluation du développement préscolaire (PDAT) à Camrose, une petite communauté rurale de l'Alberta. L'équipe a été mise en place il y a trois ans et elle est décrite comme étant le fondement même de la réussite en matière de collaboration interdisciplinaire.
La conceptualisation de l'équipe nous est venue lorsqu'un groupe de professionnels représentants plusieurs disciplines se sont assis et ont examiné de quelle manière les soins de la santé étaient prodigués aux enfants de Camrose et des régions avoisinantes. L'état des choses était tel, que le nom de certains enfants se trouvait sur une liste d'attente pour un service tel qu'un problème de motricité ou d'élocution, mais les enfants étaient référés à d'autres services à la suite de leur évaluation. Cela signifiait donc pour l'enfant, une autre liste d'attente, ce qui n'est pas la meilleure manière d'offrir des services de santé.
Le groupe a décidé de former une équipe capable d'attaquer le problème en fournissant aux enfants des services dans des délais plus courts. L'équipe comprend un ergothérapeute, un orthophoniste, un physiothérapeute, un travailleur social, un travailleur en intervention précoce, un pédiatre ainsi que des agences externes de qui l'on sollicite les services, en temps opportuns.
L'équipe a ensuite établi un modèle de service, en suivant une ligne de conduite pratique et approfondie. Lorsqu'un enfant est dirigé vers un service de santé publique ou de réhabilitation afin d'être évalué, une brochure qui expose en détail le processus que suivra l'enfant est envoyée à sa famille. D'autres documents sont envoyés, y compris des formulaires et des questionnaires à remplir. Il est possible que soient effectuées des entrevues par téléphone. D'après les renseignements reçus de la famille, un assistant en réhabilitation étudie le dossier de l'enfant lors de la réunion mensuelle de l'équipe, durant laquelle il est déterminé si l'enfant doit être dirigé vers plusieurs ou un seul service.
« Le modèle de l'équipe PDAT possède une approche pratique, dit Brian, lorsqu'un enfant nous est référé, nous assignons un facilitateur à la famille - généralement un travailleur social - afin d'expliquer notre façon d'opérer. Le travailleur social discutera avec la famille pendant que le thérapeute travaille avec l'enfant. Un orthophoniste peut assister à la séance de l'ergothérapeute et inversement, puis conduire sa propre séance. Les évaluations sont effectuées la même journée et la famille doit revenir le lendemain ou le surlendemain pour assister à une conférence. Un plan de service est établi, puis discuté avec l'apport de la famille. Il s'agit d'un processus axé sur la famille. »
Les avantages de ce type d'approche sont illimités. Pour les familles, surtout celles qui doivent voyager pendant plusieurs heures pour bénéficier de ce service, il est avantageux d'organiser les séances d'évaluation par plusieurs professionnels au même endroit et dans la même période de temps. Pour d'autres fournisseurs de services, tel l'hôpital Glenrose de Edmonton, la méthode employée par la PDAT est très similaire à la leur et est très reconnue et respectée. Si un enfant de la PDAT est référé à l'hôpital Glenrose, le temps d'attente est désormais moins long puisqu'une grande partie du travail de base a déjà été effectué par l'équipe de Brian.
Pour les membres de l'équipe, cette méthode est avantageuse. L'on vante beaucoup l'environnement coopératif et positif découlant d'un travail dans un but commun avec le soutien de toutes les disciplines. Un autre avantage est l'occasion d'observer les différents points de vue et apprendre d'autrui.
« L'attrait de cette méthode, dit Brian, est de faire appel aux forces de tous, en les rassemblant afin que le travail soit effectué à temps. Voilà une approche encourageante pour tous, surtout lorsqu'il s'agit d'enfants. Les listes d'attente font perdre du temps précieux et pour les enfants, le temps est crucial pour atteindre leur plein potentiel. Cette méthode nous permet de profiter d'occasions lors desquelles nous pouvons optimiser notre temps et mieux servir nos clients. Voilà qui permet une vie comblante au travail. »
Brian rend honneur aux nombreux membres, qui à l'époque ont posé les jalons de la PDAT, ce fut la clé de leur succès. Il était primordial que tous les membres de l'équipe travaillent de concert en établissant une vision et une mission, en créant un modèle à l'aide du processus de mise en œuvre. L'ancien directeur de la PDAT apportait son appui et encourageait les employés au leadership, tout en respectant les différentes disciplines ainsi que leurs aptitudes personnelles.
L'autre clé du succès de l'équipe est la méthode d'évaluation en un jour. « Vous pouvez bâtir une méthode pour votre équipe, dit Brian, pourtant ce sont les aptitudes de tous qui apportent le succès de l'équipe sur une si courte période de temps. Ce faisant, les enfants et leurs familles en bénéficient davantage. J'ai travaillé dans des hôpitaux et d'autres services de santé, où les discussions interdisciplinaires sont effectuées lors des rondes ou de réunions. Le succès n'est possible que lorsque cette communication est structurée, devient un processus et que les besoins des patients sont placés au premier rang.
Le défi le plus grand pour la PDAT est la stabilisation du personnel. En raison de l'attrait des centres urbains, il est difficile de maintenir les employés dans un environnement rural. Le roulement du personnel durant la dernière année a été important et a affaibli ce qui était une incroyable équipe. « La PDAT n'est pas simplement un processus, dit Brian, il s'agit d'une philosophie, une technique de travail que toute l'équipe tient à coeur. » En raison du roulement de personnel élevé, le processus de promotion du travail d'équipe doit toujours recommencer. Mon but premier, pour le moment, est d'assurer que l'équipe s'ajuste le mieux possible à ces changements et que l'esprit d'équipe positif reste intact.
De belles choses s'annoncent à l'horizon pour l'équipe. Le modèle de la PDAT est actuellement en évaluation pour quatre autres sites de la région de Camrose. De plus, une équipe régionale spécialisée de deuxième niveau a été créée et bénéficie de l'aide de l'hôpital Glenrose en ce qui a trait aux évaluations et à la création de plans de services pour les sites locaux ou les équipes de premier ordre liées à l'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (ETCAF). Cette équipe spécialisée comprend des ergothérapeutes, des orthophonistes, des physiothérapeutes, des pédiatres, des psychiatres et des travailleurs sociaux. Ces derniers effectueront des évaluations d'une journée et des suivis, à l'aide d'équipes de services primaires et de sites locaux. Brian espère que ceci est le début d'un mouvement pour la collaboration interdisciplinaire en soins de la santé dans cette région et ailleurs.
Brian entrevoit une tendance bien déterminée envers la collaboration interdisciplinaire dans le reste de la province. Les médecins sont engagés dans différents projets liés aux soins de la santé en Alberta, de même que les infirmières praticiennes, les professionnels de la réhabilitation, les travailleurs sociaux et les infirmières de la santé publique, etc. En pédiatrie, l'appui envers la collaboration interdisciplinaire provient non seulement du Secteur de la santé, mais également des Services à l'enfance.
« Je crois que nous nous dirigeons dans la bonne direction avec la PDAT et l'éclosion d'équipes secondaires spécialisées », dit Brian , j 'aimerais toutefois étendre ce type de méthode aux enfants d'âge scolaire, afin qu'ils soient moins bousculés lorsqu'ils entrent dans le système scolaire. Je sais que les éducateurs sont de cet avis. J'espère donc que cela deviendra bientôt une réalité.
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