Conserver l'espoir dans le chaos
La Dre Mak a mentionné trois questions d'actualité qu'elle a trouvé particulièrement difficiles, pour elle-même à titre de travailleuse sociale et pour l'ensemble de la profession.
Elle a examiné comment les changements sociaux rapides et l'incertitude dans un contexte de conflits mondiaux, d'intelligence artificielle et d'injustice sociale peuvent désorienter les travailleuses et travailleurs sociaux et perturber leurs convictions profondes.
Face à de telles difficultés, comment les travailleuses et travailleurs sociaux peuvent-ils garder le cap, trouver l'inspiration et ne pas perdre espoir?
« Garder espoir et acquérir de la résilience est un ensemble de compétences connexes qui est grandement essentiel dans notre travail, a indiqué la Dre Mak aux membres de l'ATTSO, et si j'utilise l'expression "ensemble de compétences", c'est parce que selon moi, il faut s'y exercer de façon continuelle et faire preuve d'intentionnalité. »
Les capacités courantes qui sont intrinsèques au travail social comme défendre les intérêts, chercher à amplifier les voix des communautés et des personnes en quête d'équité et manifester de l'empathie sont toutes des façons d'échanger avec le monde qui nous entoure et qui entraînent également une transformation intérieure.
Ce concept est issu de travaux que dirige actuellement la Dre Carolyn Mak à l'Université de Toronto où les étudiantes et étudiants à la maîtrise en travail social perfectionnent leurs compétences en matière d'entrevue, de discours civil et d'autres compétences en interagissant avec des artistes qui interprètent différents rôles.
Le projet, explique la Dre Mak, « m'a fait réfléchir à ma conviction voulant que ce que font les travailleuses et travailleurs sociaux au quotidien fasse une différence, non seulement pour leurs clients et dans la population, mais qu'ils se transforment eux-mêmes à titre d'aidants. »
Écouter attentivement, faire preuve d'empathie, prêter attention et agir lorsque nous sommes en présence de l'injustice : de telles compétences sont indispensables dans le travail social et elles sont essentielles afin de maintenir l'espoir et de garder le cap en périodes de polarisation et de déshumanisation.
Elle a examiné trois « optiques » précises particulièrement utiles qui permettent aux membres de la profession du travail social de voir le monde lorsqu'il semble sens dessus dessous.
Tenir compte des traumatismes : « Nous faisons parfois la distinction entre les petits et les grands traumatismes, ces derniers désignant des incidents graves susceptibles d'occasionner un traumatisme ou une réaction traumatique. Quand je pense aux petits traumatismes, l'expression "mourir à petit feu" me vient à l'esprit. C'est l'effet cumulatif des microagressions ou des agressions qui surviennent au quotidien, de l'exposition à des expériences et à des événements négatifs qui peuvent entraîner de profondes répercussions sur notre psychisme. »
La décolonisation : « Nous devons être conscients du fait que le passé colonial influence nos idées et nos esprits encore aujourd'hui. Adopter une approche décolonisée veut donc dire que nous respectons l'histoire et que nous essayons vraiment d'employer de nouvelles façons afin d'éviter de répéter les torts du passé. »
Une pratique anti-oppressive : « Il ne s'agit pas de simplement chercher à faire obstacle aux oppresseurs, mais de vraiment considérer comment nous démantelons les systèmes qui perpétuent l'oppression constante que peuvent subir certaines personnes et communautés. Je pense que le fait d'ancrer notre pratique dans nos valeurs en tant que travailleuses et travailleurs sociaux nous permet d'amplifier le rôle transformateur que nous pouvons jouer... et d'avoir une plus grande influence. »
Trouver votre « pourquoi »
Avant de conclure sa présentation, la Dre Carolyn Mak a encouragé les membres de l'ATTSO à réfléchir à leurs « pourquois », aux raisons qui leur permettent de garder espoir et aux raisons pour lesquelles ils font ce travail.
Trois questions l'ont aidée à trouver son propre pourquoi :
Qui fait partie de mon entourage? Qui sont les personnes qui vous soutiennent, qui vous encouragent et qui sont des sources de joie sur le plan professionnel ou personnel? Qui sont celles qui vous réconfortent, qui frappent à votre porte, au sens figuré et au sens propre, pour savoir comment vous allez?
Comment intégrez-vous des pratiques qui tiennent compte des traumatismes, de la décolonisation et qui sont anti-oppressives dans votre travail? La conférencière a encouragé les travailleuses et travailleurs sociaux à réfléchir à leur propre histoire, leurs préjugés, leurs hypothèses et leurs pratiques, ce qui fait d'eux de meilleurs praticiennes et praticiens et rend leur travail plus efficace.
Pourquoi êtes-vous une travailleuse sociale, un travailleur social, et comment avez-vous harmonisé les valeurs du travail social avec vos valeurs personnelles?
« Le fait est que parfois le travail social fait mal. Voir les autres souffrir peut faire mal. Se sentir complice de systèmes colossaux qui semblent vraiment difficiles à faire avancer peut faire mal. Prôner la justice sociale tout en reconnaissant aussi l'iniquité absurde peut faire mal.
Néanmoins, ici aujourd'hui, nous répondons à l'appel à l'action. Nous choisissons le travail social, et peut-être certaines ou certains d'entre vous ont l'impression que le travail social vous a choisis. Ce que vous faites chaque jour fait une différence. »
L'ATTSO remercie la Dre Carolyn Mak d'avoir prononcé le discours principal de sa conférence 2026 ainsi que ses membres d'avoir accueilli sa présentation percutante avec grand intérêt.
Pour visionner l'enregistrement intégral de la présentation, cliquez ici.